Résumé éditeur
La nouvelle passionnante aventure spatiale de l'auteur du best-seller Seul sur Mars, bientôt portée à l'écran avec Ryan Gosling. Ryland Grace est le seul survivant d'une expédition spatiale de la dernière chance. S'il échoue, c'est le sort de l'humanité et la Terre tout entière qui sera en péril. Mais pour l'instant, il ignore tout de cela. Il ne se souvient même pas de son propre nom, et encore moins des objectifs de sa mission. Il sait seulement qu'il est resté en sommeil très, très longtemps. Et il vient de se réveiller pour découvrir qu'il se trouve à des millions de kilomètres de chez lui, avec deux cadavres pour toute compagnie. Ryland se rend compte peu à peu qu'il doit faire face à une tâche impossible. Filant à travers l'espace, il lui faut trouver la clé d'un mystère scientifique insondable... et combattre un fléau qui laisse présager l'extinction de notre espèce. Alors que chaque minute compte et que des années-lumière le séparent de l'être humain le plus proche, il est seul pour relever cet incroyable défi... Mais l'est-il vraiment ? « Un livre qui aurait ravi Robert A. Heinlein et Isaac Asimov. » George R.R. Martin « Le meilleur roman d'Andy Weir à ce jour... et le seul de tout ce que j'ai lu récemment que je suis certain de pouvoir recommander à tout lecteur en sachant qu'ils vont se régaler. » Brandon Sanderson
Mon avis
Le silence de l’espace a une texture. Il craque, presque, quand la conscience s’y réveille. L’air – s’il en reste – a le goût du métal et du souvenir. « Projet Dernière Chance », roman d’Andy Weir et Nenad Savic, s’ouvre ainsi, dans cette suspension totale entre la vie et le néant, comme un battement d’horloge à la surface de rien. On y entre les yeux mi-clos, hébété, greffé à une odyssée qui change l’ordinaire des récits de science-fiction en un vaudeville cosmique où la survie prend les atours d’une comédie improbable. Une lecture qui sent l’huile de moteur, la sueur contenue et la poussière d’étoiles : bref, une plongée sensorielle où la peur flirte avec la joie d’être encore là. Les pages vibrent de cette tension quasi musicale, un jazz d’urgence et d’humanité. Et, entre deux équations impossibles, surgit une lumière : celle de l’humour. Typiquement anglais, s’il existait un équivalent d’un toast bien beurré dans le vide sidéral.

Découverte d’une mission déraisonnable
Certains livres vous choisissent. Je n’avais rien demandé, seulement un soir calme, un thé noir et la certitude que les étoiles resteraient à leur place. Et puis ce roman, ce Projet Dernière Chance, m’est tombé entre les mains. L’objet lui-même, 460 pages publiées chez Bragelonne, semblait contenir un univers compressé, une promesse d’intelligence et de désespoir mêlés. Andy Weir – qu’on connaît pour son art joyeusement obsessionnel de transformer la science en aventure – s’associe ici à Nenad Savic pour un résultat à la fois rigoureux et farfelu. La rencontre des deux signatures produit une effervescence rare : le récit tangue entre les notes de physique quantique et la mélancolie de l’homme seul perdu à des millions de kilomètres de tout ce qui fut familier.
Le roman démarre sans ménagement, comme si l’auteur jetait son héros au milieu d’un puzzle dont les pièces seraient vivantes et hostiles. Et l’on adhère aussitôt, non pour comprendre mais pour ressentir. Sous le vernis technique, il y a la chair. Celle d’un personnage que la mission dépasse, d’un être dont l’humour tenu à bout de souffle devient une forme de résistance. Cette ambivalence fait de Projet Dernière Chance une œuvre qui dépasse la simple aventure spatiale pour toucher à une métaphysique de la solitude. C’est l’histoire d’un homme qui regarde le néant et, par miracle, y trouve un ami — et peut-être un sens.

Univers, personnages, style et structure
L’univers de Projet Dernière Chance a la précision d’un rêve calculé. Les auteurs construisent un théâtre d’espace crédible jusque dans ses moindres boulons, mais ce réalisme scientifique se teinte toujours d’une poésie discrète. Nous ne sommes ni dans le baroque flamboyant de Dune ni dans le désespoir métaphysique de Solaris. Ici, le cosmos devient un laboratoire d’émotions, une salle d’attente infinie où la matière et l’esprit dialoguent. Chaque détail technique sonne juste, et pourtant, on entend dans le creux du vide le froissement d’un drap ou la respiration d’un être en manque de contact.
Le protagoniste, Ryland Grace, n’a rien d’un héros conventionnel. Il est maladroit, brillant, légèrement exaspérant – bref, humain jusqu’à l’absurde. À travers son ton mi-scientifique, mi-bienveillant, court cette ironie à froid typiquement britannique, bien que l’auteur ne soit pas sujet de la Couronne. Andy Weir, fidèle à sa signature, trouve l’équilibre rare entre le burlesque et le drame, entre la tension mathématique et la chaleur d’une conversation improbable. Ce qui aurait pu n’être qu’un manuel d’astrophysique décoré devient un récit profondément organique. La voix narrative, d’abord perdue, reconstruit son passé dans une structure en mosaïque : souvenirs fragmentés, alternance entre présent spatial et mémoire terrestre. Cette architecture donne au roman une texture de rêve lucide, où chaque éclat de mémoire relance l’intrigue et questionne l’humanité du narrateur.
À mesure que la lecture avance, la question se précise : que vaut la vie humaine quand le monde a besoin d’un sacrifice total ? Le roman transformant une équation planétaire en introspection intime, on passe du grand spectacle cosmique à un huis clos émotionnel. Et là surgit le miracle : l’Autre. Sans en révéler trop, disons seulement que l’histoire devient une odyssée de la rencontre. Amicale, philosophique, presque spirituelle – et pourtant portée par une science rigoureuse. On retrouve ici la même éloquence que dans un dialogue improbable entre Stephen Hawking et Terry Pratchett, l’un calculant les lois de l’Univers pendant que l’autre s’assure que tout cela ait au moins un peu d’humour.
Le style d’écriture, à la fois limpide et vibrant, multiplie les contrastes : phrases techniques suivies de méditations étrangement poétiques, ellipses tendues par l’urgence, et cette spontanéité qui fait croire que l’auteur s’adresse directement à son lecteur. Nenad Savic intervient par touches subtiles – impossible de démêler exactement qui écrit quoi – mais cette dualité ajoute à l’œuvre un souffle collectif, presque orchestral. Le roman se lit comme un dialogue à plusieurs voix où la science, la peur et l’humour s’accordent sur une même fréquence.
La structure narrative, alternant flashbacks et présent, agit comme un réacteur dramatique. Chaque retour sur Terre réinjecte la tendresse dans le vide du vaisseau, chaque passage dans le présent confronte cette tendresse à l’absurde grandeur du sacrifice. Le rythme se maintient ainsi, oscillant entre intelligence pure et pulsation émotionnelle. Même les silences – ces moments où rien ne se passe sauf le temps – trouvent leur justification : ils ont la saveur d’un miracle suspendu.
Le résultat, au final, dépasse la somme de ses parties. Projet Dernière Chance unit le roman de science-fiction et la fable existentielle, livrant un mélange rare d’émotion et de rigueur. La lecture donne l’impression d’habiter simultanément un vaisseau spatial et une cathédrale intérieure. Le lecteur ressort lucide mais bouleversé, les doigts encore pleins de poussière d’étoiles. C’est une expérience sensorielle qui réconcilie la mathématique et la foi, la solitude et le rire. Oui, on rit beaucoup – un rire qui dépend de la survie, ce qui est sans doute la seule forme d’humour vraiment nécessaire.
Forces et nuances
Qu’on se le dise : ce roman mérite amplement ses 10/10 assumés. La force de Projet Dernière Chance réside dans cet équilibre miraculeux entre le réalisme scientifique et la tendresse métaphysique. On apprend, on tremble, on s’attache. L’univers étalé devant nous n’est pas un décor brillantissime où l’on coche les lois de la physique ; c’est un organisme vivant qui respire avec son héros. Les chapitres se dévorent sans qu’on sache très bien si l’on suit une expérience de laboratoire ou une confession sentimentale. Chaque découverte, chaque réussite technique, devient prétexte à questionner la nature du courage.
Pourtant, la perfection a ses ombres, et c’est tant mieux. Il arrive que la surabondance de détails techniques ralentisse la lecture, donnant envie de secouer l’auteur par les épaules pour lui rappeler que la gravité, au sens strict, freine aussi l’émotion. Mais à peine la frustration émise qu’elle se dissipe : une réplique cinglante, une idée métaphorique nous ramènent sur orbite. Cette tension entre pédagogie scientifique et souffle narratif crée une dynamique unique. Là où beaucoup s’égarent dans l’exposition ou la froideur, Weir et Savic trouvent une élégance naturelle, celle d’une écriture qui sait que la vie, même dans le vide, reste une affaire
